Le blog du président de Natagora

Natagora, la nature avec vous


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Les ravages des armes, des filets et des bulldozers

C’est sous ce titre que Sean L. Maxwell, Richard A. Fuller, Thomas M. Brooks (1) et James E.M. Watson (2) publient, ce 11 août 2016, une analyse des facteurs responsables de la disparition des espèces vivantes les plus menacées de notre planète. Cette étude est parue dans la revue scientifique la plus prestigieuse : Nature (www.nature.com).

Leur propos est très clair, et je vous livre ici une traduction des premiers paragraphes : « Il y a une tendance croissante dans les médias, lorsque sont abordées les menaces sur la biodiversité, de se concentrer sur le changement climatique. Nous publions ici une analyse des données recueillies sur les menaces pesant sur plus de 8000 espèces. Ces données produisent une image contrastée. Nous constatons toutefois que les principaux facteurs de déclin de la biodiversité sont de loin la surexploitation (la récolte des espèces à l’état sauvage à des taux qui ne peuvent être compensés par la reproduction ou la repousse) et l’agriculture prise dans son sens large, à savoir la production de nourriture, de fourrage, de fibres et de combustibles, l’élevage, l’aquaculture et la sylviculture.

Ils poursuivent : « Au début du mois prochain, des représentants des gouvernements, de l’industrie et des organisations non gouvernementales vont définir les orientations futures de conservation lors du Congrès mondial de la nature de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). En haut de l’ordre du jour figurent les mesures à prendre pour transformer en actions concrètes l’accord de Paris de novembre 2015 sur le climat. Il est essentiel que les délégués de ce Congrès mondial de la nature, et la société en général, veillent à ce que les efforts visant à lutter contre le changement climatique n’éclipsent pas les priorités plus immédiates pour la survie de la flore et de la faune du monde ».

Depuis 2001, la Liste Rouge des espèces menacées, établie et mise à jour par l’UICN, sert de référence pour l’évaluation de pas moins de 82.845 espèces. Sur base d’une évaluation de la taille de leurs populations, de l’aire de répartition, et des tendances observées ou attendues, chacune des espèces peut se voir qualifiée de « vulnérable », « en danger » ou « en danger critique » ; ces trois catégories réunies forment les espèces dites « menacées ». Les auteurs de l’étude présentée dans ce billet ont examiné les raisons pour lesquelles 8.688 espèces étaient dans cette catégorie ou l’étaient quasiment. La sélection de ces 8.688 espèces a été sévère et seules celles pour lesquelles des données suffisantes existent ont été étudiées. J’attire cependant bien l’attention sur le fait que ce sont les espèces les plus menacées de la planète qui sont étudiées, et non la biodiversité dans son ensemble.

Les résultats de l’étude mettent clairement en exergue que les « big killers » sont la surexploitation des ressources et l’agriculture (au sens large).

Catégorie de risques                                Nombre d’espèces affectées (sur un total de 8.688)

Surexploitation (défrichement, chasse, pêche, collecte) …………………..   6.241

Agriculture (culture, élevage, plantations d’arbres, aquaculture) ………..   5.407

Développement urbain, touristique et industriel ……………………………    3.014

Espèces invasives et maladies …………………………………………………..     2.298

Pollution du milieu (agriculture, déchets domestiques, industriels)…….     1.901

Modifications des écosystèmes (incendies, barrages, etc.) ……………….     1.865

Changement climatique (tempêtes et inondations, sécheresse, etc.) ….     1.688

Perturbations liées à la présence humaine (tourisme, guerre, etc.) …….     1.223

Infrastructures de transport …………………………………………………….     1.219

Production d’énergie (mines, forages, etc.) ………………………………… .       913

Les auteurs invitent donc les participants au Congrès mondial de la Nature à se consacrer à l’essentiel : « Nous pressons les délégués de se consacrer à proposer et financer des actions qui s’adressent aux plus importantes menaces sur la biodiversité », liées à la croissance extraordinaire et inquiétante de la population humaine et de ses niveaux de consommation des ressources.

(1) Directeur du ‘Département Science et connaissance’ à l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature

(2) Directeur au Programme de conservation globale auprès de l’ONG Wildlife Conservation Society aux USA

Référence de l’article : Nature 536 : 143-145 (11/8/2016) ; doi:10.1038/536143a

Lien pour la Conférence : http://www.iucnworldconservationcongress.org/fr

On notera que Ms Patricia Zurita, Chief Executive de Birdlife International est annoncée comme participante.


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Nous sommes revenus au temps des découvertes

La semaine qui commence sera-t-elle à l’image très margrittienne de la précédente ? En effet, n’a-t-on pas, sur le pas de temps d’une petite semaine, entendu nos responsables s’abstenir d’interdire le glyphosate, un des plus épouvantables pesticides jamais inventés, et s’inquiéter de la très hypothétique toxicité du lait que l’on met dans la tarte au riz dans la région de Verviers ? Oui, nous sommes en Belgique et le surréalisme reste de mise.

Pourtant, au moment où ce blog redémarre, mon propos ne sera pas de s’en prendre à une quelconque autorité. Mais de partager avec vous, chers membres et militants, le bonheur, la jubilation de la diversité des êtres vivants de notre merveilleuse planète. Botaniste de formation, je ne résiste donc pas à partager avec vous la dernière publication des Royal Botanic Gardens de Kew (Londres), sur « l’Etat 2016 des Plantes du Monde » http://science.kew.org/strategic-output/state-worlds-plants.

Parmi les nombreux sujets abordés dans ce rapport, celui du nombre des plantes connues à ce jour, et celles qui ont été découvertes et scientifiquement décrites comme nouvelles en 2015, retiennent ici mon attention.

Il y a 391.000 espèces de plantes vasculaires connues par la science et qui nous sont contemporaines : elles sont là quelque part sur la terre. Les plantes vasculaires contiennent les lycopodes, les fougères, les conifères (au sens large) et les plantes à fleurs ; celles-ci comptent 369.000 espèces à ce jour. 2034 espèces de plantes vasculaires ont été décrites comme nouvelles scientifiquement en 2015, soit une augmentation de 0,5 % [du nombre d’espèces connues] en une seule année.

Le site biodiversité.wallonie.be donne accès à un tableau Excel où sont citées 1868 espèces de plantes vasculaires en Wallonie ; il reprend les espèces indigènes (celles qui sont là sans aucune intervention humaine) et les espèces non indigènes et naturalisées (celles qui sont là de par l’intervention, volontaire ou non, de l’homme et qui se sont implantées dans le territoire). L’édition 2007 de la « Flore de Belgique » par B. Bastin, J.R. De Sloover, C. Evrard et P. Moens, publiée aux Editions Erasme reprend 1363 espèces, mais elle exclut les plus rares. Mais nous avons ainsi l’ordre de grandeur de ce qui croît en Wallonie et en Belgique pour ce qui concerne les plantes vasculaires : moins que ce que la science décrit comme nouveau par an.

Sommes-nous revenus au temps des découvertes ? La réponse à cette question est oui.

La connaissance de la biodiversité de notre planète n’est pas finalisée, loin s’en faut. Même en excluant du raisonnement les organismes de taille microscopique (en-dessous p. ex. du mm), et depuis une bonne vingtaine d’années, les découvertes sont nombreuses, parfois spectaculaires, et sont dues à deux scénarios principaux :

  1. Il y a des plantes rares ou très localisées, et aucun scientifique ne les avait jusqu’ici vues et étudiées. Toute exploration attentive de lieux peu connus est susceptible de produire des découvertes, et les réseaux sociaux d’aujourd’hui, sur lesquels des voyageurs postent des images de ce qu’ils voient, sont une source réelle de nouveautés. Ainsi, l’espèce nouvelle de Drosera décrite en 2015, a-t-elle d’abord été découverte sur Facebook. C’est la plus grande espèce de ce genre connue dans le Nouveau Monde qui est ainsi décrite, du sommet d’une montagne dans l’Etat de Minas Gerais au Brésil. Son histoire et sa photo ont été publiés sur Wikipedia : https://en.wikipedia.org/wiki/Drosera_magnifica. Il est évidemment très peu probable qu’un tel scénario survienne dans nos régions, pour les organismes les plus « visibles » et accessibles à l’observation en tout cas. Ce qui est aussi très utile est que notre époque met à portée d’un clic ou deux toutes ces données. Ainsi une orchidée géante (espèce terrestre dont les tiges atteignent 3 m de haut), décrite des forêts de l’Equateur en 2015, et répondant au nom de Selenipedium dodsonii est en ligne, y compris ses plus belles photos (accessibles via Google images) : http://revistas.ucr.ac.cr/index.php/lankesteriana/article/view/21109/21852
  1. Les découvertes technologiques des vingt dernières années permettent désormais aux scientifiques d’accéder aux génomes des organismes vivants, c-à-d à leur matériel génétique et à toute l’information que celui-ci contient. Ces nouvelles données, dites « moléculaires », permettent de détecter des variations jusque là méconnues et dès lors de reconnaître des espèces supplémentaires. La systématique est ainsi revisitée, ce qui permet, quasi chaque fois, de découvrir des espèces supplémentaires. A peu près tous les groupes d’êtres vivants sont aujourd’hui soumis à ce nouveau « screening » et, en 2015, les Allium (le genre auquel appartient l’ail, le poireau, les oignons, l’échalote et la ciboulette) des rochers et des steppes d’Europe et d’Asie ont été ré-étudiés avec l’aide des molécules et quatre espèces supplémentaires ont été décrites. Même scénario avec les liserons (Convolvulus : 5 espèces nouvelles décrites pour l’Europe et l’Asie) et la patate douce (Ipomoea : 18 espèces nouvelles décrites, dont 14 n’existent qu’en Bolivie).

Belle, très belle planète …


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La nature des friches et la forêt naturelle

La sortie du dernier numéro de Naturalité — La lettre de forêts sauvages –  me donne l’occasion non seulement d’en diffuser le contenu, toujours passionnant, mais aussi de faire écho sur ce blog, de la parution de l’ouvrage d’Annick Schnitzler et Jean-Claude Génot « La France des friches — De la ruralité à la féralité » paru aux Editions Quae (France 2012, ISBN 978-2-7592-1700-7). Et que je ne saurais trop vous recommander.

Voici ce qu’en dit fort à propos l’éditeur : « L’idée de déshérence des espaces ruraux n’est guère acceptée par la société occidentale, peu encline à apprécier l’évolution spontanée de la nature. Il est vrai que l’abandon des terres est doté d’une charge émotionnelle fortement négative, associée au malheur des hommes, à la fin d’un savoir paysan ancestral. Lorsque la nature reprend le dessus, on la juge désordonnée, foisonnante, non valorisée. Encore aujourd’hui, elle n’apporte aucune image de marque aux paysages des sociétés occidentales dont l’idéal est le profit, l’innovation, et le dynamisme actif. En raison du poids des idées reçues, cette nature spontanée, qui pourrait être assimilée à un espace « féral », n’a pas non plus la reconnaissance des scientifiques soucieux de biologie de la conservation, ni des gestionnaires d’espaces protégés ». Apprêtez-vous donc à être décoiffés.

En 1998, dans la série Travaux du DNF (à l’époque toujours la Division Nature & Forêts) de la Région Wallonne, je publiais un article sur les forêts naturelles, sur leur extraordinaire biodiversité et sur l’interdit culturel qui les frappe : « Où nichait le martinet noir avant que l’homme ne construise des habitations ? ». Une fracture profonde et très ancienne déchire notre champ social, culturel et juridique : d’un côté le monde sauvage, hostile, imprévisible, gluant, encombré, obstacle au progrès, et de l’autre, la civilisation, l’ordre, la prospérité, la science et l’image de dieu. La forêt naturelle cristallise cette opposition et convoque toutes les peurs de l’humanité. L’identification de ce modèle est d’autant plus nécessaire qu’il a, en Europe occidentale, très largement contaminé l’activité scientifique. Chez nous, en effet, la forêt est souvent décrite comme sombre, immobile, sans intérêt biologique réel.

A Chambéry (France), du 17 au 20 septembre prochain, se tiendra  un colloque plein de promesses sur tout ce qui tourne autour de la naturalité. Le site http://www.naturalite2013.fr citent les « quatre qualités décisives des écosystèmes souvent associées sous le terme de naturalité : l’ancienneté, la maturité, la spontanéité et la continuité spatiale ». Le colloque est organisé par plusieurs institutions scientifiques (dont le Muséum national d’Histoire Naturelle de Paris), plusieurs gestionnaires forestiers (dont l’Office National des Forêts et Pro Silva France) et des espaces naturels (dont Réserves naturelles de France), et bien entendu des associations de protection de la nature (dont France Nature Environnement et la LPO Savoie).

Pour télécharger le dernier numéro de Naturalité : http://www.foretsanciennes.fr/parution-de-la-lettre-naturalite-n11/

Pour télécharger l’article « Où nichait le martinet noir avant […] ? » : http://hdl.handle.net/2268/143655


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Merci à Françoise Fassiaux, bourgmestre de Chimay pour son intérêt à notre projet à l’étang de Virelles

Ce 30 janvier, Cédric Calberg, directeur de Virelles-Nature, et moi-même avons accueilli sur le site de l’Aquascope de Virelles, Mne Françoise Fassiaux, Bourgmestre de Chimay et en poste depuis quelques semaines. MM. Tanguy Dardenne, Echevin du Développement économique, du Tourisme et du Patrimoine et Philippe Funcken, Président de Virelles-Nature et Directeur général de Natagora étaient excusés.

Cette visite et discussion nous ont permis de dresser l’état des lieux du projet et surtout de dégager les lignes de travail et de partenariat pour l’avenir immédiat et plus lointain. C’est une étape essentielle pour ce site prestigieux et le projet que nous y menons depuis trente ans déjà. C’est en effet la première fois que les Autorités de la Ville de Chimay nous manifestent aussi clairement leur volonté de nous insérer à part entière dans le programme de développement de la Ville, de son tourisme et de son patrimoine. Cela valait bien un message sur ce blog: en 1983, nous avions été accueillis … très fraîchement. Nous mesurons le chemin parcouru et le rôle que nous pouvons jouer dans la région. C’est bien le coeur de Virelles: être à l’interface entre la protection de la biodiversité et le développement. Toutes informations sur le site, sa valeur biologique, nos activités et notre programme d’activités pour 2013 sur http://www.aquascope.be


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Bienvenue sur le blog d’Emmanuël Sérusiaux, Président de Natagora

Au moment d’ouvrir ce blog sur le site Natagora et de vous inviter à y suivre les débats, les projets, les frustrations, les colères, les joies de la conservation de la nature dans nos régions — pardon de la gestion durable de la biodiversité et de la valorisation des services écosystémiques —, le monde s’organise et organise l’avenir :

–       le forum économique mondial de Davos (http://www.weforum.org/) termine ses travaux placés sous le titre énigmatique de « La résilience dynamique » ; mais son programme a plusieurs fois abordé les questions environnementales, sous l’angle des changements climatiques notamment ;

–       la 1è session plénière de l’Intergovernmental Platform on Biodiversity & Ecosystems Services termine ses travaux à Bonn ; il s’agit d’un nouvel organe international issu des Nations Unies (http://www.ipbes.net/). Le site est édité en anglais, ce qui n’est guère surprenant ; ce qui l’est davantage est le résultat de la traduction effectuée dans de très nombreuses langues — c’est Google traduction qui assure le service. Je viens d’effectuer la traduction en français. C’est … original.

–       La commission « agriculture » du Parlement Européen vient de finaliser sa position sur la réforme de la Politique Agricole Commune. Chacun mesure bien l’importance du débat pour le devenir du métier d’agriculteur, l’avenir des espaces ruraux et de leur biodiversité. Dans un élan de marche arrière toute, la commission a notamment voté que : (a) le respect des directives cadre sur l’eau et sur les pesticides n’était pas obligatoire pour recevoir les subsides (ces deux directives sortent donc de ce que l’on appelle la conditionnalité), (b) cette conditionnalité ne concernerait plus automatiquement la totalité de l’exploitation, mais uniquement les cultures, (c) les propositions formulées pour augmenter la transparence des subsides octroyés ont été rejetées, etc.

Vous l’aurez compris. Ce blog n’utilisera pas toujours la langue de bois.


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